Hôtesses et animatrices à Madagascar : les facettes méconnues du grand public

Hôtesses et animatrices à MadagascarPhoto : CCO Public Domain via Pixabay

Jolies, souriantes, belles silhouettes, on les aperçoit lors des salons, des évènements sportifs, des grandes conférences… : ce sont bien sûr les hôtesses événementielles. La plupart d’entre elles ont choisi de se lancer dans de petits boulots pour se faire un peu d’argent de poche, le plus souvent après le bac. L’ennui c’est qu’elles sont parfois victimes de conditions de travail terribles et sont constamment exposées à une forme connue de proxénétisme sur les réseaux sociaux. A cela s’ajoute la manière dont la société les considère. Ayant moi-même été hôtesse et animatrice, je connais cette réalité et je pense pouvoir dénoncer ces pratiques. J’ai donc décidé de recueillir les plaintes et les remarques de jeunes filles malgaches au sein d’un groupe Facebook dédié à ces « petits boulots » pour appuyer ce billet.

Non seulement les hôtesses sont devenues indispensables à la réussite des grands événements, mais elles sont aussi garantes de l’image de l’entreprise organisatrice. Beaucoup pensent que le travail d’une hôtesse se réduit uniquement à « décorer le paysage », à accueillir, orienter et conseiller les visiteurs avec ce sourire figé en permanence sur le visage. Mais c’est tout faux. Ayant moi-même exercé dans ce domaine, je peux témoigner des travers de ce métier. Les recrutements sont hyper sélectifs, les agences sont de plus en plus exigeantes dans leurs critères et misent beaucoup sur le niveau intellectuel des candidates.

Quand une annonce en cache une autre

Des groupes dédiés aux hôtesses/animatrices/mannequins/… il y en a beaucoup sur Facebook. Quelques-uns regroupent uniquement des malgaches, on y trouve majoritairement des jeunes filles. Le principe du groupe est simple : tous les membres (particuliers, agences, entreprises, personnes intermédiaires…) peuvent publier des « annonces ». Ceux ou celles qui sont intéressés peuvent directement postuler, soit par commentaire, soit par message privé. Les administrateurs du groupe n’effectuent aucun contrôle a priori des publications, ce qui fait que rien ne garantit leur véracité !

Mais parmi les annonceurs, des individus utilisent souvent le mot « hôtesse » pour masquer une nouvelle forme de prostitution (pas si nouvelle que ça en réalité). Et comment ? A travers des mots soigneusement choisis, ils stipulent clairement vouloir rechercher des hôtesses … Or, lorsqu’on demande de plus amples informations en message privé, on s’aperçoit que c’est tout autre chose qu’ils recherchent !
« Ils ont posté une annonce pour rechercher des hôtesses, mais j’ai ensuite compris que c’était des escort girls* qu’ils voulaient » déclare Rinah. (* service d’accompagnement le plus souvent sexuel).

En plus de profiter de la faiblesse des filles, certains tentent aussi de leur soutirer de l’argent : « dans lannonce, il était clairement précisé que le casting se déroulait à l’Hôtel Carlton à Anosy. J’ai contacté le responsable et il m’a parlé d’un casting sur Skype. Il me demandait de payer le droit de casting via Western Union et m’affirmait que, si j’étais sélectionnée, je pourrais alors obtenir 14 000 . Non mais ! » déclare Onja.

Ce n’est pas tout, ils vont jusqu’à se procurer les coordonnées des filles : « jai tout de suite compris que quelque chose ne tournait pas rond quand il m’a demandé mon nom et mon adresse pour, soit-disant m’envoyer de l’argent ! » dit Jeena. « Si j’avais su qu’il s’agissait de faire un sexy show dans une salle de billard, je n’aurais jamais envoyé mon CV » rajoute Erica, qui voulait postuler elle aussi pour être hôtesse.

Les plus décidés ne lésinent pas sur les mots et n’hésitent pas à expliquer, point par point, les tâches que doivent effectuer les jeunes filles : « Tu dois juste t’adapter à ce que tu verras, il se pourrait que des gens fassent l’amour sous tes yeux, il se pourrait aussi qu’un homme te demande ouvertement de faire l’amour avec lui. Il n’y aura que des vazaha* (*des étrangers). Il est possible que certains consomment de la drogue et tu ne dois pas t’affoler car c’est un tout autre feeling. C’est tout. Tu dois juste mesurer 1m60 et avoir un bon physique. Ton travail consistera à servir et à conduire les clients dans leurs chambre » dévoile Aina, c’est ce qu’on lui a dit quand elle a voulu postuler comme hôtesse,elle avait reçu ce message du recruteur ! Et elle n’est pas la seule, beaucoup ont reçu le même message après avoir postulé.

« Après avoir répondu à une annonce, le recruteur m’envoie un message en me disant que je dois passer un casting en privé avec lui. Il précise qu’il y a une robe qu’il veut que j’essaye et que je dois me changer sous ses yeux » avoue Tiana. Vous conviendrez que c’est une drôle de façon de procéder à un casting.

Certaines offres douteuses vont  jusqu’à promettre une somme de 200 000 Ariary* par fille pour seulement une soirée (*soit 66 €, ce qui est beaucoup pour un malgache), sans vraiment préciser les tâches qui attendent les volontaires. Il y a forcément anguille sous roche !

Mordre volontairement à l’hameçon

Les plus naïves ne distinguent pas les vraies annonces des fausses et mordent à l’hameçon, car elles veulent gagner un peu d’argent. Mais cette forme de prostitution déguisée ne retient pas pour autant l’enthousiasme de certaines. Pour preuve : beaucoup entrent tout de même en contact avec les annonceurs sur les réseaux sociaux, en dépit du caractère sexuel évident de l’annonce. On peut le voir en commentaires dans les publications les plus louches : des jeunes filles se disent ouvertement « intéressées ». Si les annonceurs continuent systématiquement de poster les mêmes offres, c’est que ça marche, on imagine que ces annonces obtiennent donc des réponses.

Pour ce qui est des postes à pourvoir, ils varient d’animatrices téléphone rose* (*comprenez : discussions érotiques et coquines au téléphone) à escort girl pour soirées privées, en passant par accompagnatrices pour étrangers, animatrices webcam , figurantes sexy pour calendrier, mannequins, modèles pour photos de nu, masseuses pour VIP, animatrices commerciales, hôtesses… Bref, ce n’est pas toujours évident de faire le tri.

Le salaire comme appât et exploitation des agences

Le salaire motivant sinon l’argent « facile » est toujours le premier argument mis en avant pour attirer les jeunes. Une capture d’écran de Lalaina dévoile sa conversation avec l’annonceur : « C’est une offre extra, et il te faudra beaucoup d’audace ! Tu peux amener une amie si tu as peur. En plus ton salaire sera de 350 000 Ariary* (*soit environ 100 ) pour seulement 2 heures (…) le travail consistera à prendre une chambre avec un chinois ».

Les agences profitent du manque d’expérience des jeunes filles qui se lancent dans le domaine, pour leur imposer des conditions de travail injustes. Le plus souvent, c’est sur l’horaire que le problème se pose. Même stipulé dans un contrat, celui-ci dépasse largement ce qui était convenu au départ, mais la paye reste la même évidemment ! De plus, le trajet est rarement inclus dans la prestation de l’agence, les filles doivent donc payer elles-mêmes les transports alors qu’elles rentrer tard dans la soirée.

Un cas assez fréquent aussi : en plus d’une prime pour chacune des hôtesses, souvent les établissements promettent de prendre à leur charge la coiffure, le maquillage, la tenue ainsi que le repas. Mais, une fois sur place, ils déclinent tout bonnement cet engagement. Le salaire journalier de 10 000 Ariary* (*soit environ 3 ) est déjà très bas pour les employeurs (les plus avares), mais en plus les filles doivent encore payer leur déjeuner, leur casse-croûte, leur frais de bus, leur lissage chez le coiffeur (qui est obligatoire)… C’est  vraiment de l’exploitation !

Ce qu’en pense la société

« Beaucoup de gens sous-estiment le métier d’hôtesse car ils pensent que seules les jeunes en situation misérable l’exerce » répond Naella quand on lui demande à quels problèmes elle fait face dans son travail.

J’ai si souvent entendu des gens dire que les hôtesses et animatrices ne sont « pas très sages », qu’elles sont frivoles, que seules les moins intelligentes se lancent dans ce domaine, que se sont des « chasseuses d’hommes »… Certes, elles se font constamment draguer par des inconnus sur le terrain, mais cela ne signifie pas pour autant qu’elles acceptent de sortir avec n’importe qui.

Je sais de quoi je parle car à force d’entendre des techniques de drague dépourvues de finesse, on maîtrise, sans le vouloir, l’art de l’esquive. Autrement dit, à force, on sait envoyer balader ces messieurs… mais avec tact !

Pas que des problèmes

Pour conclure, car j’en ai assez dit, mis à part la souffrance des pieds due aux talons hauts, on peut aussi n’avoir aucun problème particulier. Il faut l’avouer. Comme certaines offres sont honnêtes, je ne vais pas mettre tous les annonceurs et toutes les agences dans le même panier.

Très souvent, ce travail nous permet même de rencontrer des personnes merveilleuses, d’avoir quelques privilèges qu’on n’aurait jamais eu en temps normal. Mais pour protéger les jeunes qui sont dans le domaine, il faudrait peut-être prévoir la création d’une association pour défendre leur intérêt et débattre autour de leurs conditions de travail. Et pourquoi pas un renforcement de la lutte contre le proxénétisme par l’État malgache ? 🙂

**Les prénoms des personnes citées ont été volontairement modifiés pour conserver leur anonymat.

Ce billet a été initialement publié sur mon blog Medium fin 2015. 

3 Commentaires

  1. J’aime beaucoup ton article car j’ai aussi exercé ce métier et souvent ce sont des filles très intellectuelles et qui font autre chose de leur vie mais on ne voit toujours pas cela.

  2. Eh oui, c’est maintenant que j’ai eu l’occasion de lire cet article. Triste réalité mais quand même ce type de travail, contrat; existe encore.

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