Noël difficile pour les Malgaches cette année !

Noel à MadagascarCrédit : pixel2013 via Pixabay

C’est sur un air de jingle bells, jingle bells … que je rédige les premières lignes de ce billet sur mon smartphone, en serrant les fesses sur un morceau de bois qui sert de strapontin, dans un bus bondé qui me ramène au travail.

C’est officiel, nous voici en plein mois de décembre, mois de festivités et d’enchantement. Youhouu !! 🙂 Je songe à écrire un billet sur le sujet depuis le mois de septembre, période à laquelle je commence à écouter en boucle des cantiques de Noël pour accélérer le temps.

A Antananarivo, le décor se met peu à peu en place : les bazars de Noël s’installent un peu partout, les devantures des grands magasins affichent leurs promos, les embouteillages deviennent monstres, les vendeurs de sapins sillonnent les rues d’Analakely et de Behoririka pour vendre leurs sapins aux ménages les plus chanceux, les rues sont ornées par des guirlandes électriques qui seront certainement volées cette nuit, etc. En un mot, ça sent la fête.

Pour la majorité des Malgaches cependant, ça sent surtout le sapin ! Cette année, l’effervescence est moins palpable. Les Malgaches n’ont pas vraiment le moral pour faire la fête. Pourquoi ? La mort de Johnny nous a tellement affectés. lol

En fait, toutes les conditions sont réunies pour nous permettre de passer des fêtes misérablement inoubliables. Après la saga de la peste pulmonaire qui a sévi du mois d’août jusqu’au début du mois de novembre, la dèche n’a pas voulu nous épargner en cette veille de fin d’année.

Voyez-vous, l’Ariary, notre monnaie nationale, connaît une chute sans précédent. Ce qui entraîne, entre autres, une flambée générale des prix de tout ce qu’on trouve sur le marché. Ça touche en particulier les produits de première nécessité, dont le riz, qui est à la base de notre alimentation. Le kilo s’achète désormais à 2500 Ariary contre 1500 Ariary l’année dernière. Par ailleurs, le prix du carburant a aussi augmenté. Dans ce contexte, le Malgache moyen a un peu de mal à joindre les deux bouts au quotidien.

Je vous vois déjà objecter  : « mais Noël c’est surtout un moment de partage et de joie passé en famille ! ». Mais oui, essayez donc de partager votre joie en famille le ventre vide, devant une marmite tout aussi vide et vous comprendrez de quoi je parle.

Dois-je vous rappeler que Madagascar fait partie des pays les plus pauvres au monde ?  90% des Malgaches vivent sous le seuil de pauvreté. Ici, sapins, boules, guirlandes et autres fioritures symboliques ne sont pas à la portée de tous. Les achats de Noël risquent donc d’être réduits au strict nécessaire : bouffe simple et jouets pour les enfants. Décidément, l’esprit de Noël devient un luxe inaccessible pour la population

Heureusement, à Madagascar, nous n’avons pas tellement l’habitude de nous offrir des étrennes et des cadeaux à Noël comme on le fait dans d’autres pays. De toute façon c’est impossible car nous n’en avons tout simplement pas les moyens. Chez nous, la pratique veut que les parents offrent des jouets aux enfants qui croient encore au Père Noël, et qu’on offre un présent appelé « Solombodiakoho » à l’aîné de la famille. Point barre.

Pour les Malgaches, le must est plutôt le « akanjo krismasy » et le « kiraro krismasy », comprenez « vêtements de Noël » et « chaussures de Noël ». Le jour de la Nativité, petits et grands se mettent sur leur trente-et-un pour aller à l’église. C’est l’occasion d’exhiber aux autres (et au petit Jésus) nos plus beaux habits. C’est drôle car plus nous sommes pauvres, plus nous accordons de l’importance à l’apparence et aux signes extérieurs de richesse. Certaines familles, aussi nécessiteuses soient-elles, économisent de nombreux mois juste pour pouvoir s’acheter de nouveaux habits et de nouveaux souliers. Plus malgache tu meurs ! 🙂

Quoi qu’il en soit, cette année nous fêterons Noël, comme d’habitude. Puissent mes compatriotes profiter pleinement de cette fin d’année car 2018 – année de l’élection présidentielle – est encore incertaine. Entre magouilles politiques, propagandes et actions opportunistes, rien ne nous garantit le meilleur.

9 Commentaires

  1. Et oui, c’est la triste réalité. Mais comme tu disais « Mirary antsika Malagasy rehetra hanao fety sambatra ». On souhaite quand même de vivre pleinement les festivités à nos compatriotes. 🙂

  2. J’adore cet article! ça exhibe tellement les réalités. en plus, tu es très directe. La petite pointe d’humour mariée à l’ironie donne du charme à l’article! 🙂 Vraiment je suis restée accrochée jusqu’à la fin! 😀

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